La Médina de Salé
Historique
Située sur la rive droite de l’oued Bou Regreg, Salé présente les meilleurs atouts pour l’installation d’une ville. Toutefois, les origines de la ville restent obscures. Certains y voient un comptoir phénicien, d’autres avancent une origine romaine.
Les chroniqueurs arabes rapportent qu’au XIe siècle une famille andalouse, Banou al-Qasim connue par Banou Achara , s’installe sur le site de Chellah. En 1006 les Banou Achara traversent la rivière, édifient leur palais et une première mosquée sur la partie la plus élevée d’une dune quaternaire consolidée. Un premier noyau urbain s’organise alors autour de ces deux constructions.
En 1033 la tribu des Banou Ifren (1033-1055) est refoulée du Maghreb central (l’actuelle Algérie). Elle s’empare de la région et fait de Salé la capitale d’un émirat dont l’influence s’étend pendant quelques années jusqu’à la ville de Fès. La famille du prince Tamim de Banou Ifren s’installe au pied de la dune et fonde le quartier de Zenata qui porte encore le nom de ses fondateurs. Salé devient alors la base des opérations ifrénides contre les tribus hérétiques de Berghouata qui occupaient le territoire de Tamesna, situé entre le Bou Regreg et l’Oum Rabi‘.
Vers le milieu du XIe siècle, Salé était constituée de trois grands quartiers : celui des Banou Achara, celui de Zenata et le quartier Blida. Devant un tel accroissement démographique, l’émir almoravide Youssef Ibn Tachfin (1061-1106) décide de construire une seconde mosquée au sud-est de la ville, Jamaâ ach-Chahba. A cette époque, Salé devient une ville florissante grâce à ses activités commerciales.
La résistance de Salé aux Almohades(XII-XIIIe siècles) provoque la destruction des remparts et l’élimination des Banou Achara dont Abd al-Moumen(1130-1163) réquisitionne les palais. Le calife Ya’qoub al-Mansour (1184-1199) érige en 1193 la grande mosquée, al-Masjid al-A’dam, crée un nouveau quartier en contrebas de la grande mosquée : Talaâ qui porte toujours le même nom et relie les deux cités, Salé et Ribat al-Fat'h, par un pont. Sous les derniers Almohades, de nouveaux remparts ont été construits, et la ville devient le centre de l’autorité, plus encore que la capitale elle-même.
Au XIIIe siècle, à la suite du déclin de la puissance Almohade, Salé devient le champ d’action de luttes entre les derniers Almohades et les Mérinides (XIII-XVe siècles). L’aqueduc de Aïn Ghboula et le pont sont détruits et la ville s’expose à des menaces extérieures. Au même moment, la ville connaît un autre malheur : elle est prise par le roi de Castille Alphonse X en 1260. Les Espagnols saccagent les demeures, enlèvent les femmes et mettent tout au pillage. Le sultan mérinide Abou Youssef assiège les Castillans et libère la ville dont il achève l’enceinte par la construction du rempart sud et de l’arsenal maritime relié au fleuve par une porte monumentale, bab al-Mrisa . Au XIVe siècle, ses successeurs Abou al-Hassan (1331-1348) et Abou Inan (1348-1358), ont bâti des monuments pieux mettant ainsi Salé au rang des villes religieuses du Maroc : une nouvelle medersa est érigée près de la grande mosquée et un aqueduc est construit depuis l’Aïn Barka pour amener l’eau à la ville. Au courant du même siècle Salé a connu la construction d’un Maristane (l’actuel fondouq Askour) et de la zaouiat an- Noussak. . Les luttes internes et la faiblesse du pouvoir central ont entraîné la cité dans une période d’anarchie.
En 1608, Salé a connu un redressement relatif avec l’arrivée des Morisques chassés d’Espagne. En 1614, la ville accueille les familles fuyant l’occupation espagnole de la Kasba de Mahdiya. Dépouillées de leurs biens, ces familles s’organisent, expulsent le gouverneur saâdien et proclame la naissance de la « République du Bou Regreg ». Les Salétins mènent une guerre maritime et se lancent au large pour attaquer les embarcations européennes. La France et l’Angleterre ripostent et bombardent la ville en 1629, 1633 et 1680.
Au XVIIe siècle, le sultan Moulay Ismail (1672-1727) ordonne la construction de la Kasbah des Gnaouaspour surveiller la route de Mahdiya et repousser les attaques des tribus du Gharb. Ses successeurs fortifient la ville en restaurant les remparts existants.
Au XVIIIe siècle, Sidi Mohammed Ben Abd Allah, porte ses efforts sur la restauration de l’arsenal (y compris Bab al- Mrisa ). Les activités maritimes de la ville déclinent avec la fondation du port d’Essaouira et l’interdiction de la course par le sultan Mohammed Ben Abd Allah.